Combler l’écart en matière d’harmonisation des codes et de résilience climatique

Une conversation avec Ryan Zizzo, lauréat du Prix de Champion du bâtiment durable du CBDCA

Personnel du CBDCA on septembre 1, 2026

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Reconnu comme un chef de file national en matière de politique sur le carbone intrinsèque, Ryan Zizzo consacre des années à façonner les cadres qui orientent la construction durable à partir du Canada. Qu’il s’agisse de son travail marquant au sein du comité directeur sur le carbone zéro du CBDCA, ou de ses contributions techniques aux comités du Code national du bâtiment de 2030 et du Groupe CSA, son expertise se situe au carrefour des politiques, de l’innovation et de la mise en œuvre pratique. Lors d’un récent entretien, le fondateur et PDG de Mantle Climate a partagé ses points de vue sur la complexité de la comptabilité carbone, l’urgente nécessité d’une véritable harmonisation des codes du bâtiment entre les provinces, ainsi que sur les changements politiques indispensables pour pérenniser les actifs immobiliers canadiens face aux changements climatiques.

En tant que chef de file qui façonne le paysage actuel des politiques sur le carbone intrinsèque, comment aidez-vous les équipes de projet à naviguer dans la comptabilité carbone complexe pour respecter les normes de bâtiment durable en évolution, et quels obstacles entravent une adoption généralisée ?
Ryan Zizzo, Foundateur et PDG de Mantle Climate.

L’écosystème de la comptabilité carbone, en particulier les lignes directrices, les outils et les sources de données, évolue rapidement. Même pour une équipe de consultants en durabilité à temps plein, il peut être difficile de suivre le rythme. Chez Mantle Climate, nous partageons de nouvelles ressources au sein de l’entreprise en temps réel pour soutenir les projets en cours. Nous alimentons également une nouvelle base de données de ressources afin que tout le monde puisse voir quels outils et lignes directrices sont disponibles.

L’adoption généralisée de la gestion des émissions est souvent entravée par des cloisonnements et un manque d’harmonisation dans l’ensemble de l’industrie. Lorsque chacun procède à sa façon, cela rend plus difficiles l’analyse comparative, les comparaisons et, en fin de compte, les réductions. C’est pourquoi de nombreux acteurs de l’industrie, dont moi-même, plaident en faveur d’une base de données centralisée sur la déclaration de l’énergie et des émissions des bâtiments, incluant à la fois les émissions opérationnelles et le carbone intrinsèque. Cela serait précieux aux échelles municipale, provinciale et fédérale, permettant aux utilisateurs de filtrer les résultats selon leurs besoins pour un objectif donné.

Un autre obstacle réside dans le fait que les méthodologies d’évaluation des émissions laissent souvent place à l’interprétation en ce qui concerne les approches de modélisation et les sources de données spécifiques. Une même évaluation réalisée par l’entreprise A et l’entreprise B peut donner des résultats très différents, même si elles suivent la même méthodologie. Une façon d’y remédier serait de développer un processus d’examen et/ou de vérification par un tiers pour la quantification des émissions. Cela s’inspire du monde des déclarations environnementales de produits (DEP). Il ne suffit pas qu’une entreprise réalise une analyse du cycle de vie d’un produit et la résume sous forme de DEP, elle doit s’assurer de suivre une règle de catégorie de produit (RCP) [la méthodologie] spécifique, tout en faisant en sorte que ses résultats soient vérifiés de manière externe par un pair. Cette dernière étape fait défaut dans la plupart des évaluations des émissions et apporterait une valeur considérable si elle était mise en œuvre.

Au-delà de la réduction des émissions, quels cadres politiques urgents, mises à jour de systèmes de notation ou normes sont nécessaires dans toute la chaîne d’approvisionnement du Canada pour généraliser la construction adaptée aux changements climatiques ?

Pour développer la construction adaptée aux changements climatiques, nous avons besoin de meilleurs codes du bâtiment harmonisés à l’échelle du pays. Cela ne signifie pas une approche unique, mais plutôt une source unique de référence qui intègre diverses options selon le profil de risque d’un emplacement donné et/ou d’un type de bâtiment. Cela devrait prendre la forme d’un code national modèle du bâtiment adopté par toutes les provinces et tous les territoires. L’ajout de niveaux pour divers degrés d’atténuation des risques s’avère également utile et permet d’exiger des niveaux minimaux (« Niveau 1 ») et de lier des niveaux supérieurs à des incitations (« Niveaux 2, 3 ou 4 »). Les provinces ont déjà convenu d’œuvrer à l’harmonisation des codes du bâtiment par le biais de l’Accord de conciliation sur les codes du bâtiment (ACCB), signé par toutes les provinces, tous les territoires et le gouvernement fédéral, et entré en vigueur le 1er juin 2020. Malheureusement, cet accord ambitieux n’a pas entièrement atteint ses objectifs, le code du bâtiment le plus récent de l’Ontario n’ayant pas adopté les exigences en matière d’efficacité énergétique et de carbone opérationnel étagées du Code national du bâtiment. Nous devons faire mieux et exiger l’harmonisation. Construire différemment dans chaque région constitue un obstacle au commerce interprovincial considérable que nous pouvons éliminer si nous le voulons. Le moment est venu.

En tant que champion reconnu du bâtiment durable, quels sont les angles morts les plus fréquents que les gestionnaires d’actifs négligent lorsqu’ils tentent de pérenniser les bâtiments, et quel est le prochain grand obstacle que l’industrie canadienne doit surmonter pour parvenir à une véritable transformation du marché ?

Les gestionnaires d’actifs doivent élaborer des plans de transition climatique qui intègrent à la fois les efforts d’atténuation et d’adaptation. Le plan sert de guide pour mieux reconstruire lorsque les systèmes tombent en panne et doivent être remplacés. Par exemple, si votre vieille chaudière au gaz naturel tombe en panne, vous êtes beaucoup plus susceptible de la remplacer par une nouvelle chaudière électrique à haute efficacité ou une thermopompe (surélevée de quelques pieds au-dessus de la plaine inondable) si vous disposez déjà d’un tel plan et d’une conception prête. Être préparé avec un ensemble de plans pour ce à quoi devrait ressembler votre « état futur souhaité » peut faire toute la différence entre la mise en œuvre de cette nouvelle vision et un simple remplacement à l’identique, qui reste l’option la plus facile et la plus rapide.

Pour une véritable transformation du marché, nous avons besoin de deux choses : la première est une norme de performance en matière d’émissions des bâtiments (NPEB) et la seconde est des cotes de résilience climatique des bâtiments. Les NPEB fixent des émissions annuelles maximales autorisées pour chaque bâtiment en fonction de son emplacement, de sa taille et de son type. Si un bâtiment émet davantage, il paie pour chaque tonne supplémentaire d’équivalent dioxyde de carbone. Cela incite les propriétaires d’immeubles à décarboner leurs systèmes énergétiques au fil du temps pour rester sous la limite et éviter les amendes. C’est déjà en place dans la ville de New York, avec la loi locale 97 (Local Law 97). Toronto et d’autres administrations canadiennes examinent des politiques similaires, mais aucune ne les a officiellement mises en œuvre à ce jour.

L’ajout d’une cote de résilience climatique à chaque bâtiment aiderait les locataires et les résidents à mieux comprendre leur risque climatique et à exiger des bâtiments plus résilients. Une telle cote devrait tenir compte à la fois des risques liés à l’emplacement et des caractéristiques de résilience propres au bâtiment — par exemple, si les systèmes essentiels sont surélevés au-dessus des plaintes inondables, disposent de systèmes d’alimentation de secours résilients et durables, sont conçus pour la survivance passive et le refroidissement, et disposent de plans de gestion des urgences robustes. Ensemble, les NPEB et la résilience transformeraient l’industrie vers la décarbonation et la résilience.

Ryan Zizzo accepte le Prix du Champion du bâtiment durable du CBDCA, en juin 2026.

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