Un regard rétrospectif avec Joanne Perdue

Theme
Profils des Membres

Dans le cadre de notre série d’entrevues du 20e anniversaire, nous nous entretenons avec une fondatrice du CBDCA, Joanne Perdue, architecte, récipiendaire du prix Clean 50 du Canada et titulaire du titre de Fellow LEED. Reconnue comme une innovatrice en matière d’action climatique et comme une championne du renforcement des capacités dans le domaine de la durabilité, Mme Perdue joue un rôle actif dans notre mission de bâtir l’avenir. Membre fondatrice du CBDCA et ancienne membre du conseil d’administration, elle a été active au sein de nos groupes consultatifs techniques et du comité directeur LEED, et elle a joué un rôle déterminant dans la création de la présence du Conseil en Alberta.

Comme vous avez fait partie des premiers fondateurs du CBDCA, pouvez-vous nous dire comment vous en êtes venue à vous impliquer?

C’est une question qui me ramène plus de 20 ans en arrière. Avant la création du Conseil du bâtiment durable du Canada, il y avait plusieurs petits groupes activement engagés dans la promotion et la défense du bâtiment durable au pays. Mais au niveau régional, par exemple en Colombie-Britannique, où j’étais coprésidente du Comité gaz, énergie et environnement de l’Architectural Institute of the British Columbia dans les années 90, nous étions un groupe d’architectes, d’ingénieurs et d’autres professionnels apparentés très intéressés par les bâtiments durables. Nous avons fait beaucoup de travail à l’époque pour essayer de démontrer le besoin de changement.

Ce travail s’est effectué en grande partie au moment de la fondation du CBDCA, mais il était tout aussi important d’offrir un forum pour intégrer les groupes qui travaillaient dans différentes régions du Canada afin de mettre en place un réseau national de défense et promotion des bâtiments durables. Le CBDCA a fourni ce forum.

Votre implication auprès du CBDCA vous a permis de participer à toutes les phases de la croissance de l’organisation au cours des 20 dernières années. Quels sont les changements les plus importants dont vous avez été témoin?

Si je devais me concentrer sur un seul point, je crois que c’est le fait que nous pouvons commencer à rassembler les gens et les amener à vouloir travailler davantage en collaboration sur des idées qui sont plus grandes que celles que nous pouvons avoir individuellement. Je pense par exemple à toutes ces différentes façons d’adopter des normes et des pratiques du bâtiment que l’on a pu observer dans diverses juridictions au Canada. Aucun individu ou groupe régional n’aurait pu atteindre un tel résultat. Pour moi, c’est une grande idée transformatrice qui a des applications pour l’avenir. Je pense à Alex Zimmerman, le premier chef de la direction du CBDCA, qui travaillait dans son garage par manque de financement avant de déménager dans un bureau fourni par l’IRAC, et je réalise tout le progrès que nous avons accompli pour nous trouver là où nous en sommes aujourd’hui. Thomas Mueller et Alex Zimmerman ont été des leaders visionnaires qui ont réfléchi à la façon de saisir ces idées et de véritablement les transformer. Pour moi, c’est ce qui saute d’emblée aux yeux.

Nous avons remarqué que les établissements d’enseignement postsecondaires du Canada semblent être constamment des chefs de file dans cette industrie. Sous votre direction, l’Université de Calgary se classe parmi les meilleures au pays. Comment faites-vous pour vendre constamment le bâtiment durable et établir un consensus pour atteindre le niveau de durabilité suivant?

Les gens ne savent pas tous que les établissements d’enseignement postsecondaires sont des chefs de file de la durabilité au Canada. Le Times Higher Education s’est doté d’un outil appelé University Impact Ranking, qui évalue le travail des universités dans la promotion des Objectifs de développement durable des Nations Unies. Les établissements canadiens, en tant que cohorte, se classent au troisième rang dans le monde pour les progrès réalisés en matière de durabilité, selon cette évaluation. Je suis fière que l’Université de Calgary ait été classée parmi les 5 % des institutions mondiales les plus performantes au cours des trois dernières années.

Je pense que les établissements d’enseignement postsecondaire ont haussé la barre des responsabilités et de la durabilité de trois façons principales. D’abord, ils ont aidé les étudiants à acquérir des compétences et des connaissances de base pour résoudre des problèmes socioécologiques extrêmement complexes et apparemment insolubles. Ils ont ensuite fait appel à des institutions de recherche et à des experts de diverses disciplines qu’ils ont pu réunir autour de ces défis insolubles, car aucune discipline ne peut à elle seule résoudre ce grand défi. Enfin, les universités jouent un rôle important du fait que leurs campus deviennent des laboratoires d’apprentissage vivants pour comprendre à quoi ressemble la durabilité.

Notre stratégie institutionnelle de durabilité est notre feuille de route qui définit nos aspirations et nos objectifs en ce domaine. Derrière cette stratégie, nous avons également un plan d’action climatique qui définit notre trajectoire. Toutes nos initiatives en matière d’action climatique s’inscrivent dans ce cadre et je suis vraiment fière que nous soyons l’un des leaders dans ce domaine. Le complexe McKinney est l’un des premiers projets à avoir obtenu la certification Bâtiment à carbone zéro – Design du CBDCA et je suis particulièrement fière qu’il s’agisse de la rénovation d’un bâtiment existant. Nous avons également été l’une des premières universités au Canada à obtenir la certification LEED Platine en 2007.

À chaque projet que nous réalisons, nous prenons le temps de réfléchir réellement à une vision convaincante : qu’est-ce que ce projet peut faire? Ce n’est pas une question de carte de pointage, mais plutôt une question de santé holistique, de santé humaine et de santé écologique. Que peut faire ce bâtiment? Comment cela se rattache-t-il à la mission de recherche d’une faculté donnée? Quelles grandes idées pouvons-nous proposer pour la conception d’un bâtiment? Comment tenir compte des éléments pratiques que sont les bons systèmes de gouvernance et les normes et directives de conception? Comment définir des attentes claires pour le projet dès le départ, et surtout, tenir compte du coût total de propriété qui modifie fondamentalement la valeur financière des bâtiments durables? Le dernier point que j’aimerais souligner, c’est que la réalisation de tous ces projets témoigne d’un excellent travail d’équipe. Ils sont le résultat de l’innovation et de la collaboration entre les intervenants. C’est la recette de notre approche sur notre campus.

Croyez-vous que le bâtiment durable n’a d’attrait que pour les dirigeants ou qu’il devient plutôt le courant dominant? Comment le CBDCA contribue-t-il à l’adoption généralisée du bâtiment durable?

Au Canada, les bâtiments sont la troisième source en importance des émissions de gaz à effet de serre, ce qui nous donne une énorme possibilité d’amélioration. Je pense que le Conseil a fait un très bon travail en produisant des rapports qui démontrent comment l’environnement bâti peut vraiment aider le Canada à atteindre ses cibles, ses aspirations et ses engagements en vertu de l’Accord de Paris. Je pense aussi que les bâtiments peuvent contribuer à la réalisation du nouvel engagement en faveur de la biodiversité qui vient d’être annoncé dans la foulée de la COP 15 à Montréal.

Les bâtiments contribuent au changement climatique, car ils représentent près de 40 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et sont responsables de 40 % de l’extraction de matériaux. Ce sont des chiffres dont nous ne parlons pas assez. Les bâtiments sont fortement touchés par le changement climatique. Il n’y a donc pas de solution miracle qui permettrait de résoudre le problème. Les gens parlent des codes et d’autres normes, mais les codes n’évoluent pas assez vite et, au bout du compte, ce sont des gens qui prennent les décisions. Il faut donc combiner la sensibilisation, l’éducation et les efforts à plusieurs niveaux et dans plusieurs secteurs. Certains organismes, comme le CBDCA, ont fait et continuent de faire un excellent travail à cet égard et nul doute que cela nous aidera finalement à atteindre des points de bascule dans différentes parties du secteur.

Je pense que le Conseil doit continuer de s’intéresser aux secteurs qui ont atteint le point de bascule. Par exemple, j’aimerais que le Conseil s’engage dans la création d’un espace qui soutienne cette nouvelle cohorte d’innovateurs précoces et les encourage à réfléchir aux prochaines limites ou aux tendances qui permettront de faire progresser la transformation de l’environnement bâti et qu’il réfléchisse aux outils qu’il pourrait créer à cette fin. Je pense vraiment beaucoup à la conception régénératrice et à la résilience et c’est une approche différente. En ce moment, nous nous concentrons beaucoup sur la technologie et nous sommes très dynamiques dans ce domaine, mais je pense que nous devons commencer à réfléchir à ce volet émergent et aux soutiens qui pourraient être nécessaires et peut-être à des modèles différents, car je pense que nous avons besoin de l’apport de différentes disciplines. Nous avons besoin de biologistes, de climatologues et d’innovateurs sociaux pour réfléchir à différentes façons d’aborder l’environnement bâti.