Demandez à l’éxpert : Stephanie Carter

Champion de la construction durable 2020

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Stephani Carter est la lauréate du Prix du champion du bâtiment durable de cette année. Ce prix rend hommage à une personne méritante qui se distingue par une réalisation exceptionnelle et qui promeut les intérêts, les programmes et les priorités du CBDCa.

À titre de fondatrice d’EcoAmmo et de membre fondatrice de la section régionale de l’Alberta du CBDCa, Stephani a eu un impact incommensurable sur le bâtiment durable en Alberta. Depuis 2006, EcoAmmo a participé à plus de 216 certifications LEED et d’autres sont en cours. Stephani exerce un impact continu sur l’industrie du bâtiment durable avec sa philosophie « écono et écolo ».

Nous nous sommes entretenus avec elle pour vous faire mieux connaître cette championne du bâtiment durable 2020.

Stephani Carter
EcoAmmo

Racontez-nous comment vous en êtes venue à vous impliquer dans la durabilité et décrivez-nous votre rôle aujourd’hui?

J’ai grandi dans une famille qui était sensible aux questions environnementales. À 11 ans, le comté de Strathcona m’a décerné un certificat de « Earth Caretaker » (gardienne de la Terre), mais je ne pensais pas faire carrière comme scientifique de l’environnement à ce moment-là. J’étais plutôt attirée vers la conception, car ma famille œuvrait dans le milieu de l’architecture et de la construction. Une fois dans le milieu, j’ai été consternée par la quantité de déchets de construction et l’utilisation de matériaux toxiques dans les bâtiments et je me suis dit que les concepteurs avaient une obligation morale de concevoir des bâtiments et de spécifier des produits sains et écologiques. J’ai rencontré des personnes aux vues similaires et nous avons créé la section régionale de l’Alberta du Conseil du bâtiment durable du Canada. Toutefois, le bénévolat ne m’a pas suffi. À un moment donné, je voulais vraiment avoir une influence positive et je voulais même que chaque dollar que je gagnais provienne d’initiatives de durabilité. Comme il n’existait (alors) aucune entreprise qui me permettait d’atteindre cet objectif, j’en ai créé une!

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Pouvez-vous expliquer en quoi consiste la philosophie « écono et écolo »?

Depuis le début, la première question que les gens se posent avant d’adopter des mesures durables est « Combien ça coûte? ». J’ai fondé EcoAmmo pour trouver des moyens de rendre la durabilité plus accessible, moins intimidante et, espérons-le, plus amusante! Dans le monde en constante évolution des bâtiments durables, il faut toujours être au fait des nouvelles tendances et s’améliorer sans cesse. Cet esprit d’amélioration continue et notre volonté de trouver des moyens de rendre le développement durable accessible, le volet « écono » de ma philosophie, ont un nom : « Lean ». La démarche Lean est une façon de penser qui amène à se concentrer sur la valeur aux yeux du client et qui donne à chacun le pouvoir d’éliminer le « gaspillage » dans les processus afin d’obtenir cette valeur. Nous avons pleinement adopté ce concept non seulement dans nos opérations, mais aussi dans nos projets. Le mode de réalisation de projet intégrée (RPI) est fondé sur la pensée rationnelle. En tant que facilitateurs de la RPI, nous aidons les équipes à se concentrer sur la valeur aux yeux des clients tout en éliminant le gaspillage dans les processus de conception et de construction. Les clients en obtiennent davantage pour le budget dont ils disposent. Notre processus de RPI permet ainsi à un plus grand nombre de clients de mettre en œuvre des mesures de durabilité. Nous avons obtenu 13 mandats de RPI (depuis 2015) et tous ont été réalisés dans les limites du budget (parfois même à moindre coût) et dans le respect des calendriers, et ils comprenaient des initiatives de durabilité.

Comment cette approche rend-elle les bâtiments durables plus accessibles pour les clients?

Notre expérience avec de nombreux projets à consommation énergétique nette zéro a démontré que plus la méthode de réalisation du projet est collaborative, plus l’objectif du net zéro est rentable. Cela est dû à la nature de la RPI qui favorise la participation précoce des corps de métier et des responsables de la gestion des installations des clients parmi les autres partenaires clés du projet. Les méthodes conventionnelles de conception-appel d’offres-construction n’impliquent les corps de métier qu’une fois la conception terminée.

La RPI tire parti de la courbe de MacLeamy et cherche à apporter le plus possible à apporter les modifications nécessaires pendant les premières phases du projet, là où elles sont le moins coûteuses. Dans les autres modes de réalisation des projets, les modifications se font selon un processus administratif appelé « avenant de modification » qui s’applique pendant l’exécution des travaux, la phase à laquelle leur mise en œuvre est la plus coûteuse.

Sans une implication de toutes les parties prenantes dès le début de la conception, il est difficile d’évaluer avec précision la consommation d’énergie. En conséquence, les systèmes utilisant des énergies renouvelables sont souvent surdimensionnés selon des règles empiriques ou des informations obsolètes. Bien souvent, le budget initial est déjà trop élevé et ne permet pas au client d’investir dans la consommation d’énergie nette zéro. Ce volet est souvent retiré de la portée du projet avant même d’en connaître le prix réel dans le cadre de l’appel d’offres.

Les membres d’une équipe qui travaille en mode RPI ont tous le même objectif d’en donner plus au client que ce qu’il désire réellement pour son budget. Les équipes de projets en RPI sont formées et habilitées pour éliminer le gaspillage dans tous les aspects du projet et le processus de RPI est mis en place pour rediriger les fonds de ce gaspillage à des initiatives qui ajoutent de la valeur aux yeux du client. Les initiatives de durabilité font partie de cette liste de valeur ajoutée.

En réfléchissant à votre expérience en bâtiment durable, y a-t-il un projet dont vous êtes particulièrement fière et si oui, pour quelles raisons?

C’est une question bien difficile, car chaque projet est spécial et a son histoire particulière d’un propriétaire passionné qui voulait prêcher par l’exemple! Comme je dois en choisir un, je dirais le priMED Mosaic Centre, parce que ce projet a officialisé notre approche « écono et écolo » et qu’il nous a incités à utiliser le modèle de réalisation de projet intégrée et à viser la consommation énergétique nette zéro pour bien d’autres projets.

Quels seront selon vous les défis et les opportunités auxquels l’industrie sera confrontée dans les dix prochaines années?

Dans les dix prochaines années, nous avons une GRANDE montagne à gravir si nous voulons atteindre les objectifs de réduction des GES fixés par chaque municipalité et atteindre nos objectifs mondiaux de réduction des GES. La ville d’Edmonton, par exemple, a calculé que d’ici 2030, elle devra elle-même réduire les émissions de tous les secteurs de 81 pour cent. C’est un objectif énorme, même pour le seul secteur du bâtiment, mais nous (nos pairs de l’industrie et nous-mêmes) savons déjà comment construire des bâtiments carboneutres, et grâce à de nouveaux processus comme la RPI, nous savons qu’il est possible de les construire dans les limites des budgets et au taux du marché.

  • Nous devons nous assurer que les clients sont plus nombreux à comprendre que le « risque » auquel ils s’exposent en construisant aujourd’hui un bâtiment conventionnel est d’avoir à payer une taxe carbone élevée dans dix ans, OU, pire encore, d’avoir à remplacer les systèmes mécaniques de leurs bâtiments par des systèmes sobres en carbone.
  • Nous avons besoin qu’un plus grand nombre de clients utilisent le mode de réalisation de projet intégrée en collaboration afin de réduire leurs risques lorsqu’ils mettent en œuvre la durabilité.
  • Nous avons également besoin que les gouvernements actualisent leurs processus d’approvisionnement pour y inclure des modes de réalisation de projets en collaboration basés sur la confiance comme la RPI.
  • En tant que pairs de l’industrie, nous devons échanger davantage afin que nous puissions tous nous améliorer de manière exponentielle et accélérer nos progrès vers l’atteinte des objectifs de réduction des GES.
  • En tant qu’industrie, nous ne pouvons pas perdre de vue tous les autres facteurs de durabilité, même si nous sommes concentrés sur nos objectifs de réduction du carbone.

Le CBDCa vous a récemment décerné le Prix du champion du bâtiment durable dans le cadre de ses Prix du leadership et des Prix d’excellence en bâtiment durable. Qu’est-ce qu’une telle reconnaissance signifie pour vous?

Je sais que c’est un cliché de le dire, mais je suis incroyablement honorée. C’est un très grand honneur d’être reconnue sur la scène nationale. Surtout quand on sait qu’il y a tant de champions du bâtiment durable dans tout le Canada! Je suis ravie de la reconnaissance du travail que nous faisons à EcoAmmo, et de la reconnaissance de tous les lauréats actuels et passés. Ce prix permet de mieux faire connaître cette cause importante que nous partageons tous dans le secteur du bâtiment durable. La sensibilisation est tellement importante, comme je l’ai dit, et nous avons beaucoup de travail à accomplir au cours de la prochaine décennie!