Demandez à l’expert: Patricia Lightburn

par Dunsky Energy + Climate Advisors

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Forte d’une longue expérience en matière de solutions climatiques et d’énergie propre pour le gouvernement, l’industrie et les organisations non gouvernementales, Patricia Lightburn a participé à plusieurs publications sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les systèmes énergétiques de quartier, notamment à l’Institut Pembina, à l’Agence internationale de l’énergie et au Programme des Nations unies pour l’environnement.

Elle fait partie de l’équipe qui a soutenu RDH dans le cadre de la nouvelle étude du CBDCa, Décarbonation des grands bâtiments du Canada.

Parlez-nous de votre carrière et dites-nous comment vous en être venu à vous impliquer dans le domaine de la durabilité.

J’ai grandi en passant mon temps libre dans les montagnes, les forêts et les eaux de la Colombie-Britannique. Grâce à mes études, j’ai compris que le changement climatique est le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face. Je voulais contribuer à créer des solutions pour protéger l’environnement qui me tient tant à cœur.

Je me suis jointe à Dunsky parce que je me suis rendu compte que si les solutions techniques et politiques pour réaliser la transition énergétique sont disponibles, il existe encore des obstacles pour passer à l’action et l’accélérer. En me joignant à Dunsky, je faisais partie d’une entreprise qui se concentrait sur l’accélération de ces solutions techniques et politiques, et qui soutenait déjà des organisations importantes en Amérique du Nord, essentielles à la mise en œuvre d’une action climatique efficace.

J’ai fait mes premiers pas dans ce domaine à l’université de Toronto, où j’ai étudié la politique environnementale dans le cadre de mon diplôme de premier cycle. J’ai ensuite entamé une carrière au sein de la fonction publique provinciale de l’Ontario, où j’ai travaillé à l’élaboration de programmes et de politiques en matière d’énergies renouvelables visant à décarboniser le système énergétique de la province. Après avoir travaillé en Ontario pendant plusieurs années, j’ai réalisé que je voulais comprendre d’autres aspects de la transition énergétique, comme les bâtiments et les transports. Cela m’a conduit à m’inscrire à un programme de maîtrise en politique énergétique à Paris. Pendant mon séjour à Paris, j’ai eu l’occasion de travailler à l’Agence internationale de l’énergie (AIE) au sein de l’unité responsable de l’efficacité énergétique. L’un de mes plus grands projets a été de participer au lancement d’un rapport sur le marché écoénergétique mondial, qui a débouché sur le premier concept de combustible de l’AIE pour l’efficacité énergétique; en d’autres termes, sur la manière de traiter l’efficacité énergétique comme une ressource d’approvisionnement au même titre que les énergies renouvelables.

Après Paris, je suis retourné en Colombie-Britannique et j’ai occupé plusieurs postes dans le secteur des énergies propres, avant de me joindre à Dunsky en 2020.

La transformation du secteur canadien du bâtiment durable entraînera des avantages environnementaux, économiques et sociaux. Quels sont les principaux défis de l’investissement dans la rénovation des grands bâtiments qui restent à relever?

Les principaux défis que je vois sont liés à l’éducation, à la sensibilisation et au renforcement des capacités – non seulement auprès des propriétaires d’immeubles, mais aussi auprès des institutions financières, des corps de métiers et même des locataires. Nous avons également connu un changement intéressant. Au cours des dernières décennies, nous avons essayé d’améliorer l’efficacité énergétique des grands bâtiments. Nous avons fait des progrès dans ce domaine, mais maintenant que l’objectif principal est de lutter contre le changement climatique, en plus de rechercher des économies d’énergie, nous devons nous recentrer et renforcer l’éducation sur la façon de rendre les rénovations carboneutres. Les autres principaux défis sont liés aux barrières commerciales et financières – les rénovations profondes de décarbonation des grands bâtiments sont difficiles à rentabiliser dans de nombreuses régions du Canada, même avec les augmentations du prix du carbone prévues aujourd’hui. En outre, bon nombre des avantages de la décarbonation des bâtiments ne sont pas bien compris ou facilement quantifiés, ce qui rend l’analyse de rentabilité encore plus difficile, mais aussi les possibilités encore plus grandes.

Comment le cadre politique canadien peut-il favoriser les investissements dans les bâtiments écologiques et le déploiement rapide des innovations?

Pour permettre et accélérer les investissements à grande échelle dans les rénovations, nous avons besoin de politiques qui soutiennent une analyse de rentabilité plus solide. Nous savons que le financement doit être peu coûteux, à long terme et adapté aux besoins des rénovations profondes de décarbonation. Un autre levier essentiel consiste à encourager la normalisation des données et des rapports – des systèmes tels que la certification Investor Ready Energy Efficiency de l’Investor Confidence Protocol peuvent contribuer à démontrer le bilan de ces projets grâce à des données solides. Associées à une tarification plus stricte du carbone, ces mesures peuvent réellement contribuer à améliorer l’économie des rénovations profondes de décarbonation. Nous avons exploré plusieurs des mesures nécessaires dans un rapport que nous avons récemment élaboré avec RDH Building Science pour le Conseil du bâtiment durable du Canada, intitulé : Décarbonation des grands bâtiments du Canada.

Cependant, même avec une analyse de la rentabilité plus solide, il est peu probable que les rénovations profondes de décarbonation s’accélèrent à la vitesse nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques. Le cadre politique doit donc également prévoir des mesures obligatoires pour améliorer la performance des bâtiments existants, par exemple par des codes et des normes. Notre cabinet a récemment travaillé avec le gouvernement du Québec à la conception de son programme de divulgation et de cotation énergétique des bâtiments, qui comprend des exigences obligatoires pour les grands bâtiments commerciaux et industriels afin de réduire leur empreinte carbone et énergétique. Nous avons simultanément aidé la ville de Montréal à harmoniser sa nouvelle réglementation avec la performance des bâtiments au système provincial.

L’équité est un autre point important à garder à l’esprit lorsque l’on parle de politiques de rénovation. Nous voulons promouvoir les rénovations dans tous les types de bâtiments, et pas seulement dans l’immobilier haut de gamme. En plus de contribuer à la réalisation des objectifs climatiques, les rénovations peuvent avoir des effets bénéfiques sur la santé et d’autres avantages pour les usagers de ces bâtiments.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les modèles émergents de financement de la rénovation? Comment peuvent-ils améliorer la rentabilité et la pénétration du marché pour les projets de rénovation?

L’une des approches consiste à offrir des sources de capitaux attrayantes aux propriétaires d’immeubles. Et cela ne concerne pas seulement le coût du capital, mais aussi la durée du prêt. L’année dernière, Dunsky, en collaboration avec le CBDCa et RDH Building Science, a travaillé avec la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) pour développer son Initiative de rénovation énergétique de bâtiments commerciaux. Il s’agit là d’un excellent exemple de prestation de capitaux à long terme à un faible coût; en d’autres mots, il s’agit de fournir des capitaux à des conditions conçues spécifiquement pour les rénovations profondes de décarbonation. L’initiative de financement de la BIC couvre également les études de faisabilité afin de combler le fossé entre la conception du projet et la construction.

Le financement dans le cadre du programme PACE (Property Assessed Clean Energy) et le financement fondé sur les factures des services publics sont également des exemples de modèles de financement qui peuvent être intéressants pour les propriétaires de bâtiments. La convenance des différents modèles de financement dépend largement du contexte local, ainsi que des besoins de chaque propriétaire de bâtiment. L’idéal serait de disposer d’une série d’options proposées dans le cadre d’un processus simplifié, facile d’accès pour les propriétaires de bâtiments et intégrant des remises et des incitations locales, ainsi que le renforcement des capacités et des lignes directrices pour comprendre les rénovations profondes de décarbonation. Les partenariats avec les institutions financières privées, les locataires, les fournisseurs de services de rénovation et les propriétaires de bâtiments seront également essentiels pour accélérer le rythme des investissements.

Le gouvernement du Canada a mené plusieurs initiatives qui contribueront à transformer l’environnement bâti canadien pour le mieux. Que pouvons-nous faire pour assurer un effet en cascade, notamment vers le secteur privé?

Les gouvernements sont en excellente position pour mener la transformation du marché en prouvant qu’il existe un marché pour les investissements, en démontrant le profil de risque, puis en trouvant des moyens d’attirer ou de transférer vers des sources de capitaux privés. Cela peut impliquer de jouer un rôle à plus long terme pour couvrir les coûts ou les risques afin de garantir que le financement soit largement disponible et à un coût suffisamment bas.